revue de presse

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Coup de théâtre dans le microbiote : bactéries et cellules font match nul

Le corps humain contiendrait au moins 10 fois plus de bactéries que de cellules. C’est en tout cas le chiffre que reprennent comme un fait acquis la plupart des études sur le sujet. Ces vingt dernières années ont vu, en effet, une prolifération de travaux traitant de l’impact du microbiote dans de nombreux domaines de la santé. Il est vrai, après tout, que si un humain est une population cellulaire composée de 90 % de bactéries, il ne faut pas s’étonner que celles-là jouent un rôle important dans sa physiologie.

Cette relation de 10 : 1, répétée inlassablement dans les articles consacrés à ce sujet, a été récemment critiquée dans une lettre adressée au journal Microbe (Rosner, 2014). Une équipe de trois chercheurs a alors décidé de mener l’enquête sur la réalité de ce chiffre. Les conclusions recèlent quelques surprises.

Les auteurs ont d’abord recherché l’origine de cette assertion. Il apparaît que les papiers les plus récents se réfèrent à une seule étude publiée en 1977 (Savage). Cette étude cite elle-même un autre auteur (Luckey, 1972), qui a effectué une évaluation, assez grossière en réalité, de la population bactérienne, en partant du fait qu’un homme adulte « moyen » héberge 1012 microbes sur son épiderme et 1014  dans son tube digestif.

R  Sender et coll ont commencé par réétudier très précisément le contenu bactérien du côlon, en partant de la concentration moyenne de bactéries par gramme de selles sèches (0,9-1011 bactéries/g) et en rapportant le chiffre obtenu au volume moyen de côlon occupé par la masse bactérienne (0,41 l). Ils estiment ainsi que le côlon contient 3,9 x 1013 bactéries. Considérant que la contribution des autres organes au nombre total de bactéries est tout au plus de 1 %, le chiffre de 3,9 x 1013 est retenu pour le nombre de bactéries chez « l’homme de référence » (homme entre 20 et 30 ans, pesant 70 kg et mesurant 170 cm).

Ils se sont ensuite penchés sur le compte des cellules constituant cet homme de référence. Pour chaque catégorie de cellules, ils ont passé en revue toutes les publications et les calculs réalisés à partir des données histologiques. Le décompte laisse apparaître que les cellules largement dominantes sont les cellules des lignées hématopoïétiques, représentant presque 90 % du total des cellules du corps humain. La révision des données aboutit à un nombre total de cellules de 3,0 x 1013.

C’est ainsi que, jusqu’ici indétrônable, le ratio de 10 : 1 se trouve totalement remis en question, puisque le rapport bactéries/cellules serait plutôt de 1,3, donc très proche d’une égalité des deux populations. Les auteurs précisent même que cette quasi-égalité fait que, à chaque défécation, qui se traduit par l’excrétion d’environ un tiers des bactéries contenues dans le côlon, la masse bactérienne diminue et, pour un temps, le ratio bascule en faveur des cellules humaines !

Cette étude, loin de minimiser l’importance biologique du microbiote, fournit un calcul précis et non plus « à la louche » des décomptes de bactéries et de cellules et devrait au contraire apporter plus de rigueur aux travaux sur le sujet.

 

Dr Roseline Péluchon

 

Sender R et coll. : Revised estimates for the number of human and bacteria cells in the body.  BioRxiv Jan.6, 2016. doi: http://dx.doi.org/10.1101/036103.