revue de presse

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Des rémissions de rectocolite hémorragique sont obtenues par transplantation fécale

Si l’étiologie de la rectocolite hémorragique (RCH) n’est pas encore parfaitement élucidée, tout laisse penser qu’elle est le résultat d’une réponse immune aberrante à l’environnement colique, dans un contexte génétique particulier. La cible des traitements est jusqu’à présent la réponse immune et non pas la réduction des facteurs environnementaux qui la favorisent. Le microbiote, par exemple, pourrait être un candidat idéal pour des pistes thérapeutiques, tant il semble jouer un rôle dans la commande de la réponse immune. Il est en effet démontré que le microbiome des patients atteints de RCH est différent de celui des sujets sains. Les études animales ont aussi montré que la présence de bactéries intestinales est indispensable pour induire une inflammation colique.

La transplantation fécale a émergé comme une nouvelle approche pour modifier le microbiome colique. Le concept marque les esprits, mais l’intervention est-elle vraiment efficace ? C’est ce qu’a cherché à démontrer une équipe internationale. Une étude a été menée sur des patients atteints de RCH qui ont été randomisés en deux groupes, les uns bénéficiant d’une transplantation de microbiote fécal provenant d’individus sains (n=38), les autres d’un placebo (n=37). La transplantation de microbiote, ainsi que de placebo, était pratiquée par l’intermédiaire d’un lavement, à raison d’une fois par semaine pendant 6 semaines.

Les résultats sont assez convaincants, puisque, après 7 semaines de traitement, une rémission complète a été obtenue chez 9 patients ayant reçu le microbiote contre 2 du groupe placebo (24 % vs 5 % ; différence de risque de 17 % ; IC95 % : 2 % à 33 %). Il n’y a pas eu de différence entre les deux groupes concernant les effets indésirables.

Certaines circonstances semblent favoriser l’efficacité du traitement. La durée d’évolution de la maladie d’abord : les patients dont la maladie évoluait depuis moins d’un an semblent avoir plus de chance d’obtenir une rémission que ceux chez qui le diagnostic avait été porté depuis plus longtemps (3 sur 4 vs 6 sur 34). L’efficacité pourrait aussi être donneur-dépendante : dans cette étude, 7 des 9 patients en rémission ont reçu des selles provenant du même donneur.

Il faut reconnaître que le bénéfice est toutefois relativement modeste, qu’aucun effet mesurable n’apparaît en termes de qualité de vie des patients et que, enfin, beaucoup d’inconnues subsistent, portant notamment sur le protocole de transplantation : est-il nécessaire ou non de procéder à un lavement ou de délivrer une antibiothérapie avant la procédure, les selles doivent-elles être fraîches ou congelées préalablement ? Autant de questions qui, sans aucun doute, alimenteront de futurs travaux.

 

Dr Roseline Péluchon

 

Moayyedi P. et coll. : Fecal Microbiota Transplantation Induces Remission in Patients With Active Ulcerative Colitis in a Randomized Controlled Trial. Gastroenterology 2015 ;149 :102-109.